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Animateur rencontre littéraire : interview Gaspard Koenig Jour J

Quelle ambiance dans ma tête. Un mélange d'excitation et d'inquiétude. Sûrement légitime car dans 2h j'interview Gaspard Koenig, philosophe et écrivain, qui a reçu le Prix Interallié et Jean Giono pour son best-seller Humus en 2023… Une pointure. Alors oui, j'ai bossé son parcours, sa bio, écouté ses interviews radio et podcast, lu des articles écrits par lui dans le journal les Échos, où il est chroniqueur. J'ai travaillé les questions en amont avec Nicolas Audigane (organisateur de cet événement rencontre - dédicace) pour l'inviter à nous raconter les coulisses de son nouveau livre Aqua (suite d'Humus). Evidement c'est mon rôle d'animateur rencontre littéraire. Mais malgré cette assurance d'avoir bien préparé l'interview, l'adrénaline monte…


Alors c'est prévu, j'arrive en avance sur les lieux. Un cadre magique, l'Esvière Fondacio sur Angers, dans le quartier du centre proche de la gare et du château. 3 ha de verdure et de bâtiments joliment aménagés. Je repère la salle où va avoir lieu l'événement. Et puis je me pose pour un temps de méditation et de respiration. J'ai de la marge. Je laisse le corps et l'esprit s'envoler. Je relâche la tension. Le temps semble s'arrêter.


Sortir de ce moment se fait naturellement car je me suis laissé du temps. Pas de réveil, pas de contrainte. Pour vraiment lâcher prise. Je suis fin prêt.


Je retrouve François-Xavier Guiblin, qui orchestre les événements de l'Esvière - FONDACIO, et son assistante Laurène. On échange sur ce lieu de rencontres et d'initiatives pour bâtir un monde plus humain et respectueux de la planète. Vraiment je suis conquis par l'approche du lieu. La sympathie des personnes.


Mais bon l'heure tourne, on check le vidéoprojecteur et le son avec Nicolas Audigane de Label Verte. Nicolas est en charge du développement des projets de Label Verte. Il est à l'initiative de ce beau moment. Je vérifie les micros avec Laurène et l'équipe de l'Esvière.

Gaspard Koenig sort d'une interview avec notre partenaire sans transition ! magazine engagé. Stéphane Gitton l'a mis en boîte pour une vidéo courte que l'on diffusera prochainement. Il est au téléphone pour gérer sa logistique des prochains jours. Angers fait partie d'une série de villes où il dédicace son livre. Il repart demain matin.


Mais là, on profite de lui. Chacun se présente. Il s'assoit. On échange, juste tous les deux, sur le déroulé de la soirée avant que les fans n'arrivent. Je n'ai pas eu d'échange avant le jour J avec lui, son emploi du temps ne le permettait pas. Donc, il me demande si on peut valider sa bio pour éviter tout impair sur son parcours. On supprime et ajuste quelques éléments pour être en phase avec ce qu'il est aujourd'hui. Je lui explique le déroulé : présentation de nos partenaires, un mot de chacun. Quelques mots de ma part pour l'introniser et l'interview, puis un temps de questions / réponses avec le public, suivi de la séance de dédicace, et pour conclure un temps de convivialité intimiste avec les organisateurs de ce beau moment. Je serai le gardien du temps. Je lui demande si tout lui convient ? C'est ok. Une personne simple, détendue et sûre d'elle.

 

Le public rentre et discute en attendant le lancement de l'interview. Je prends le temps de savourer l'accueil. Des jeunes, des seniors, des élus, des ami.e.s, des professionnels de mon réseau, une belle représentation de la diversité angevine. J'échange quelques mots avec les premiers installés pour savoir s'ils ont lu son livre Aqua ou un autre de ses romans ? Certains oui, d'autres non, mais tous semblent en phase avec les idées de Gaspard Koenig pour préserver notre planète.

Animateur rencontre littéraire Gaspard Koenig et Alexis Desjeux
MERCI Stéphane Guitton, responsable partenariat pour le magazine Sans transition ! pour la photo

C'est parti. Je prends le micro. Je me lève. J'invite les participants, environ 150 personnes, hommes, femmes et quel que soit leur genre, à nous rejoindre ici et maintenant. Un euphémisme pour qu'ils coupent court à leur discussion pour écouter notre invité et les partenaires de ce beau moment de dédicace. Je les embarque dans notre histoire commune « si vous êtes présents ce soir comme moi, c'est que vous vous souciez du PRÉSENT de notre planète… » Ils cheminent avec moi, au rappel des gestes simples que chacun d'entre nous fait pour préserver le seul patrimoine qui nous tienne en vie, la terre. Tels des colibris de Pierre Rabhi, chacun d'entre nous pose sa pierre à l'édifice d'une action citoyenne respectueuse de mère nature. Je les embarque dans le tourbillon d'émotions qu'ils peuvent ressentir, à travers leur engagement écologique : « la joie, d'un modeste succès, la tristesse devant l'absurdité des choix de nos gouvernants ou la colère devant l'inaction des climatosceptiques... ». Et là, je les invite à prendre un instant pour ressentir leur émotion du moment. Leur météo intérieure. Et de nous la partager en un mot.


Personne ne bouge. Le silence me répond. Une forme d'incrédulité dans certains regards, une réflexion chez d'autres ou une forme de curiosité ? Je ne me démonte pas. C'est prévu ce silence de la première question. J'invite Gaspard à nous partager son émotion du moment. Il est surpris « je pensais être exempt de ce petit jeu » dit-il avec humour. « mais soit, je me sent engagé » répond-il. Et là de me retourner vers le public et vous votre état d'esprit du moment ? Et là les langues se délient : « Inquiétude. Joie. Frustration. Plaisir. Engagement… »


Prendre le temps de poser ses émotions avant de rentrer en relation avec l'autre, c'est s'ancrer ici et maintenant. S'installer dans l'instant présent avec l'autre. Comme nous l'explique si justement Isabelle Filliozat dans ses écrits sur l'intelligence du cœur. Nous sommes ainsi tous prêts à vivre pleinement cette conférence-dédicace.


Je remercie nos partenaires qui ont permis la mise en œuvre de ce beau moment d'échange : LABEL VERTe, le magazine en ligne Sans transition !, le tiers-lieu l'Esvière, la Maison Gaborit et Desjeux Créations.


J'invite François-Xavier Guiblin, chef d'orchestre des événements de l'Esvière – FONDACIO à prendre la parole. Je m'assois et lui laisse la lumière des regards du public. Il évoque avec quelques mots bien choisis ce « lieu de rencontres et d'initiatives pour bâtir un monde plus humain et respectueux de la planète ». Je vérifie discrètement le timing, pour maintenir les temps de parole évoqués avec chaque participant. Il est efficace. Clair. Limpide et dans les temps. Un coup d'œil à Gaspard, qui semble plutôt attentionné. Le public aussi. Curieux. Respectueux.

Après sa prise de parole j'invite l'auditoire à un déluge d'applaudissements pour François-Xavier Guiblin du Tiers-lieu de l'Esvière – FONDACIO.


Je me relève et convie sur scène Stéphane Guitton, représentant de Sans transition !, autre partenaire de cette soirée. Je m'efface à nouveau pour lui laisser les feux de la rampe. Il évoque avec émotion, « l'engagement de lui et ses équipes pour mettre en lumière des initiatives, dans leur magazine sans transition, qui éclairent les chemins vers un monde plus écologique, solidaire et démocratique ». Avec délicatesse je reste attentif au temps de parole. C'est parfait. Suite à son intervention, je sollicite le public pour une vague d'applaudissements.


Je reprends le micro pour situer le sujet de notre RDV de ce soir «nous plongeons au cœur des enjeux écologiques et démocratiques qui nous concernent tous : l'eau comme bien commun, la vie locale face aux pressions extérieures, et la reconnexion au vivant. Et cela suscite des émotions ! » Je mets en lumière notre invité : «  À travers son dernier roman Aqua, Gaspard Koenig nous emmène dans un village normand où habitants, élus et technocrates s'affrontent pour préserver leur source vitale. Un récit captivant qui mêle ironie, poésie et réflexion profonde sur notre époque. Il nous en dira plus dans quelques instants ».


J’accueil Nicolas Audigane, à l’initiative de ce beau moment. Je m'éclipse sur mon siège pour qu'il trouve sa juste place face au public. « Il évoque le développement des projets de Label Verte. Son expertise autour de l'installation de sites de compostage partagé à l'expérimentation « Pipinière » qui valorise l'urine humaine comme fertilisant agricole ». Avec prudence je suis la temporalité du discours. C'est nickel. Pour clore en beauté son propos, je convie le public à un raz-de-marée d'applaudissements.


Il est temps d'introniser la star du soir, Gaspard Koenig, oui mais pas n'importe comment. À personne exceptionnelle, il faut une introduction haute en couleur. Je me lève. J'invite le public à fermer les yeux. La technique lance le son de la pluie qui tombe du ciel et l'image associée. Silence. Je laisse le public s'imprégner de ce son. Quelques instants. Bref. Un moment simple. Et je clame ce texte, avec rythme, énergie, juste ce qu'il faut d'accélération de la voix et de langueur pour les plonger dans la vie d'une goutte d'eau…

« Nous ne sommes pas une larme. Le ciel ne pleure pas. Nous sommes une balle, lancée à l’attaque de la terre. Nous naissons dans les nuages, nous nous condensons en une sphère parfaite, translucide. Nous nous alourdirons jusqu’à ne plus pouvoir tenir. Alors nous tombons.

Notre mission est simple, inexorable : suivre la pente. Nous fendons l’air, nous accélérons dans une chute qui ressemble à un assaut. Nous heurtons les feuilles, percutons le sol, éclaboussons en mille éclats. Nous nous infiltrons, glissons, disparaissons dans la terre.

Mais nous ne mourrons jamais. Nous relançons le cycle.

Nous sommes indomptables. Nous sculptons les paysages, creusons les vallées, érodons les montagnes. Nous sommes l’élément qui précède et dépasse l’homme. Face à nous, il ne reste qu’une seule posture : l’humilité.

Car nous sommes Aqua. Et notre puissance est régénératrice. »


Animateur rencontre littéraire Gaspard Koenig par Alexis Desjeux
Couverture du livre Aqua de Gaspard Koenig - éditions de l’observatoire - interview Alexis Desjeux

La pluie s'arrête. Les regards se révèlent. Le public est avec moi. J'explique que ce texte est « librement inspiré des écrits de Gaspard Koenig, dans son livre AQUA, il nous invite à sa préservation par des choix collectifs ». J’intronise notre invité « Gaspard Koenig est un ancien élève de l'École normale supérieure et agrégé de philosophie. C'est un penseur, chroniqueur (les Échos) et romancier engagé qui réconcilie libéralisme, écologie et ancrage territorial. Il publie une vingtaine d'essais sur la liberté, l'IA ou le revenu universel. Depuis Humus (2023, Prix Interallié et Jean Giono), best-seller dédié à la terre et aux sols vivants via l'agroécologie, il lance une ambitieuse tétralogie romanesque des quatre éléments : terre (Humus), eau (Aqua), puis air et probablement le feu, mais notre invité nous en dira plus dans quelques instants. ». J'exhorte la salle à une mousson d'applaudissements pour Gaspard Koenig.


Je me rassieds. L'énergie est là, palpable. L'auditoire attend les mots de l'écrivain. Chacun de nous est confortablement assis devant les fans attentionnés. Mon regard vient rencontrer celui de Gaspard pour trouver le contact et la vibration nécessaires à l'engagement de l'interview. Je l'invite à parler. « À nous raconter, de quelle manière, ce roman l'a transformé dans sa manière de voir le monde ? Pourquoi la Normandie ? En quoi ce projet romanesque au long cours raconte-t-il aussi son propre cheminement philosophique et politique ? Est-ce à dire que nous nous préoccupons assez du sujet de l'eau et des sols ? Quels ont été vos travaux préparatoires à ce roman et toutes les recherches que vous avez dû mener pour donner un cadre technique / réglementaire à votre histoire et poétique ? Qu'est-ce que ces personnages disent de lui ? »


Sa répartie est plaisante. Riche de sens. Profonde. Pleine d'humour. Le coït des vers de terre a beaucoup fait rire la salle. Il est aussi très pointu sur le langage de l'eau. Très technique parfois. J'ai d'ailleurs quelques mots dont le sens m'a échappé. Mais la compréhension globale était là. Tout en restant attentif à Gaspard, je jette un coup d'œil à l'horaire, circonspect pour maintenir les délais. Il est passionné. Les invités sont conquis. Pendus à ses bons mots. Quand il nous explique qu' « Aqua est un roman naturaliste. Il met en scène un village normand où un maire philosophe, une épicière militante et des agriculteurs défendent leur captage d'eau pollué contre la bureaucratie et les intérêts économiques. La poésie des éléments. C'est une satire sociale et laboratoire d'idées sur les communs. J'essaie de rendre accessibles les crises écologiques par la fiction. »


Là, on arrive à un tournant de l'interview une question peut-être un peu « épineuse ». Rien de piégeant, mais un sujet dont je ne sais pas comment il réagira ? Je me lance, un peu anxieux. J'évoque les propos d'Aurélien Barrau, dans son intervention "Battre le capitalisme sur le chemin du désir", qui nous alerte sur le 'plus grand défi de l'histoire de l'humanité' : une catastrophe écologique qui exige une RÉVOLUTION TOTALE, en nous invitant à retrouver le 'beau' dans la simplicité du vivant face à l'horreur des logiques destructrices/prédatrices. Je questionne Gaspard, « vous, avec Humus et Aqua, proposez un CHEMIN PRAGMATIQUE : actions locales démocratiques, biens communs et transformation des pratiques sans rupture violente. En quoi ce dialogue entre son appel au 'beau' révolutionnaire et votre vision libérale pragmatique de l'écologie politique sont-ils compatibles pour sauver l'humanité ou pas ? » Il ne le prend pas mal. Au contraire.


D'ailleurs on lui a proposé de débattre avec M. Barrau, ce projet ne s'est pas encore concrétisé. Il affirme sa position. L'écologie dans la joie. La peur ce n'est pas son chemin pour en parler. Chacun sa voie. Le plaisir doit guider nos gestes écologiques. Pas la privation. Il est pour une forme de non-croissance. Il s'en réfère à des textes bibliques. N'oublions pas qu'il est aussi agrégé de philosophie. Il nous embarque dans son plaisir de laisser l'herbe pousser. De voir les oiseaux et les insectes revenir dans notre jardin.


Ces images amèneront sûrement notre raison sur le chemin de ne plus prendre l'avion… Il évoque la beauté des paysages d'Europe dans son périple avec sa jument Destinata sur les traces de Montaigne de Bordeaux à Rome. La magie de la rencontre humaine.

Toujours une regard discret sur l’horloge. L’heure tourne. Simplement. Porté par ses bons mots qui font sens pour moi et le public, de préserver notre planète. Pas de plan B. Avec tact et simplicité je le laisse finir son explication sur l'écologie de la joie et j'invite le public à un temps de questions-réponses avec Gaspard Koenig. Contrairement à certaines fois, aucun temps d'attente, les questions volent. Fusent. Se multiplient. Avec certaines personnes qui racontent leur vie ou leur vision, plutôt que de poser une question, je les rappelle fermement mais avec bienveillance à synthétiser leur idée pour que Gaspard puisse y répondre.


Enfin je remercie une nouvelle fois nos partenaires, l'auteur Gaspard Koenig. J'engage le public à une tempête d'applaudissements pour notre invité.


Enfin après une ultime citation extraite du livre de Gaspard Koenig,  « On ne peut résoudre la crise écologique en utilisant la froideur analytique qui l’a générée”, estimait-il en 2024, dans votre livre Agrophilosophie. Pour lui “faut accélérer le mouvement et la prise de conscience. Avec la joie au fond du cœur”. Son optimisme, malgré la conjoncture et les choix de certains de nos politiques, seront les mots de la fin.

 

Je convie le public à la séance de dédicace qui se déroule à la buvette de l'Esvière (juste à côté).

J'ai à peine le temps de remercier Gaspard, qu'il marche vers le lieu de dédicace. Qu'importe nous aurons un temps en OFF, après la dédicace autour d'un repas simple mais riche d'humanité pour partager quelques mots bienveillants.


Chacun des partenaires est enchanté. Autour d'un verre on débriefe à chaud. RAS. Plaisir. Richesse des mots partagés. C'est top. Je suis comblé. Fatigué. Mais c'était très réussi.  

 

Témoignages sur ce moment :

« Bravo pour cette animation dynamique, sympathique et pertinente. Le public a aimé et je crois que Gaspard aussi. » Stéphane Guitton responsable partenariat pour le magazine Sans transition !


MERCI à Claire Dupre-Bion pour la photo de couverture


MERCI à tous les partenaires de ce grand moment :


 
 
 

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