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Oui, je suis utopiste : l'assertivité comme chemin d'équilibre entre soi et l'autre.

Dernière mise à jour : 15 mai

Pourquoi je crois encore qu'on peut bosser et vivre ensemble avec plus de bienveillance — même dans le désaccord ?

Il y a quelques jours, un collègue conférencier me pose la question, mi-curieux, mi-provocateur : « Mais pourquoi tu mets toute ton énergie sur l'assertivité ? Il y a des sujets plus vendeurs, non ? »

J'ai souri. Et puis j'ai répondu honnêtement. Parce que oui, il a raison sur un point : il existe des sujets plus tendance, plus instagrammables, plus faciles à packager en formation express. Mais voilà — je ne fais pas ce métier pour vendre ce qui se vend bien. Je le fais parce que j'ai une intime conviction.



Notre monde marche sur la tête

Regardez autour de vous. Nos gouvernants, américains et bien d'autres, passent leur temps à construire des barrières entre les individus. À nous dresser les uns contre les autres. À attiser les flammes de la haine et de la peur. Le monde part en sucette — je le dis comme je le pense.

Ça fait plus de 50 ans que j'ai cette drôle d'impression de marcher à côté du système. Quatre enfants avec la même femme, plus de 25 ans de mariage, et je l'aime encore passionnément. Vu l'air du temps, ça paraît presque incroyable. (Bon, je n'ai pas la notoriété de Brad Pitt non plus, ça aide.)

Mais entre ma vie de famille, vingt ans d'entrepreneuriat à la tête de mon agence de communication, les partenaires, les amis, les clients — ce que je constate, c'est ça : on pourrait tous vivre des relations beaucoup plus apaisées au quotidien. Surtout dans les moments de tension. Surtout dans le désaccord.

Et c'est là que mon collègue me regarde du coin de l'œil. Parce que oui, c'est utopiste. Je l'assume à 2000%.


La part d'humain qu'on n'enlèvera jamais

Soyons honnêtes : aucun coach, aucune méthode, aucune conférence ne vous transformera en zen attitude permanente.

Quand ma fille m'appelle pour me dire qu'elle vient de se faire percuter par une voiture à vélo, ce qui sort de ma bouche, ce n'est pas de l'empathie calibrée façon manuel de communication non-violente. C'est : « Mais tu fais quoi là ? Pourquoi t'es pas aux urgences ?! » L'inquiétude, la fatigue, la peur — l'humain quoi — prennent le dessus.

Idéalement, je devrais la consoler. Je devrais faire preuve d'empathie. Mais je suis faillible. On l'est tous.

Dans toutes les missions stratégiques que j'accompagne depuis vingt ans, je le vois : le vrai sujet bloquant n'est jamais technique. Il est relationnel. Il est humain.

Quand tout va bien, qu'il n'y a pas trop de tension, on fait tous preuve d'assertivité — sauf les grognons et les pessimistes patentés et après tout, ils le sont sûrement pour de bonnes raisons. On défend notre point de vue tout en respectant l'autre dans sa différence. Ça représente environ 60 % du temps.

Mais dans les 40 % restants — gros budget, délais intenables, pression, fatigue accumulée — là, on bascule. Dans la fuite. Dans l'agressivité. Dans le passif-agressif (le plus complexe à géré dans les rapports humains).


Concrètement :

  • C'est la cheffe de projet qui dit oui à un délai intenable devant son N+1, et qui s'effondre en sortant de la salle.

  • C'est le parent qui rentre exténué du boulot et envoie bouler son fils à cause d'une sale note.

  • C'est l'ado qui vient de se faire humilier sur les réseaux et qui claque la porte parce que « de toute façon vous ne comprenez rien ».


Et notre système aggrave tout ça : toujours plus de contraintes, toujours plus vite, toujours plus tournés vers soi, oubliant l'autre. Sous cette pression, on devient soumis et on disparaît, ou agressif et on casse les ponts. Aucune de ces deux options ne construit quoi que ce soit.


Le chemin de crête : ni hérisson, ni paillasson

Alors voilà ce que je propose, et c'est là où j'assume pleinement l'étiquette d'utopiste. Ne cherchons pas à être parfaitement assertifs en toute situation. On n'y arrivera pas. C'est une promesse marketing, pas une réalité humaine.


Mais avant chaque moment important — entretien tendu, échange familiale, négociation difficile — on peut prendre quelques secondes (vous savez la fameuse expression tourner 7 fois la langue dans sa bouche avant de parler🤔 ). Pour se rappeler que l'autre a des contraintes, une histoire de vie, une émotion du moment. Pour tendre vers ce qu'Éric Schuler appelle joliment : être ni hérisson, ni paillasson.


Une capacité à dire les choses. Et à respecter l'autre dans ses différences.

C'est un chemin de crête. Un pont branlant. Étroit. Glissant parfois. Mais infiniment plus chouette que la castagne permanente ou la soumission silencieuse.


La vraie question : quelle est mon intention ?

Au fond, l'assertivité ne tient pas dans des techniques. Elle tient dans une question préalable :


Pourquoi est-ce que j'entre en relation avec l'autre ? C'est quoi mon intention ?

Si on a quelque chose à construire — ou à déconstruire sereinement — ensemble, l'assertivité fonctionne. Si on n'a rien à partager, si l'autre est juste là pour avoir raison, alors non, ça ne marchera pas. Et c'est ok aussi de le reconnaître.

Mais quand l'intention est là, quand il y a un vrai enjeu commun, alors ce chemin de crête devient possible. Pas facile. Possible.


Pourquoi je continue malgré tout

Vous l'aurez compris, je suis de l'équipe de Kofi Annan, qui disait :


« Notre diversité n'est pas une menace, c'est notre force la plus précieuse. » 

Et de l'équipe de Sting dans The Bridge :

construire des passerelles entre les individus pour donner du sens à nos vies — plutôt que des murs.

Alors oui, je suis utopiste de croire que l'assertivité peut s'installer durablement dans nos entreprises et nos familles. Je le sais. Je le revendique. Et en même temps, à mon petit niveau, conférence après conférence, j'essaie d'entrouvrir cette porte. Pas de la défoncer. De l'entrouvrir.

Parce qu'à choisir entre le cynisme confortable et l'utopie active, je préfère mille fois la deuxième.

Prenez soin de vous et de vos proches. Et faites les choses avec plaisir, audace et envie — si ça vous branche.


Et vous ? Une situation récente où vous avez fui ou été agressif, au boulot ou en famille ? Racontez-moi en commentaire. On apprend tous des histoires des autres.


MERCI à Vincent Leclerc qui a inspiré cette échange. chapo l'artiste ! MERCI pour ton assertivité et ton humanisme bienveillant. Membre de l'AFCP.


Crédit photo de couverture Thierry Peters

 
 
 

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